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Sarkozy et Obama: deux présidents dans la (même) tourmente?

Par certains faits, on pourrait voir quelques similitudes entre les Présidents Obama et Sarkozy: jeunes, réformistes, charismatiques (indéniablement pour le premier, de manière discutable pour le second) et ayant du faire face à une conjoncture extrêmement défavorable. La perte de la majorité à la House of Representatives pour l’un, et au Senat pour l’autre, est une conséquence claire de leur incapacité à satisfaire l’opinion. Ils sont donc au mieux mis en difficulté dans les sondages, au pire systématiquement battus par l’opposition.

 

Mais les similitudes s’arrêtent rapidement si l’on s’y attarde un peu plus. Nous avons déjà discuté dans un article précédent du coté inéluctable du bipartisme aux Etats-Unis, par rapport à la possibilité qui existe en France d’en sortir. Le premier tour de l’élection présidentielle en France ressemble à une grande primaire nationale qui rend la vie difficile au candidat sortant dont les voix peuvent facilement se disperser à sa droite comme à sa gauche. Même si le principal candidat de l’opposition se montre particulièrement faible et inintéressant, il y a d’autres candidats pour menacer l’accès du Président au second tour, malgré tout le brio qu’on lui connaît en campagne. La situation sur ce point est radicalement différente aux Etats-Unis : le ridicule de la primaire Républicaine, le niveau consternant des candidats à l’investiture et les sondages en montagne russe qui ont propulsés presque chaque prétendant en pole position avant de les faire  retomber brutalement, montre bien que même les électeurs Républicains ne sont pas satisfaits de leur cru 2012, et ne pourront pas élire un leader naturel pour faire face à Barack Obama. De plus, ce dernier a réussi à maintenir une cote de popularité tout à fait respectable (récemment à 50% contre 38% pour Sarkozy) auprès de l’opinion et à transférer une partie de la responsabilité des échecs sur l’opposition en accusant le « Congress » d’immobilisme et de jeux partisans. C’est un point de différence fondamental : alors que certains (en particulier les indépendants) risquent de finir par voter pour Obama par défaut, beaucoup voteront contre Sarkozy par principe, y compris dans son camp.

 

Bien entendu, si l’on considère le point précédent comme un état de fait, il est intéressant d’en comprendre les causes. Chacun aurait pu éviter des erreurs dans la méthode (post-partisanisme et compromis à tout prix pour Obama, totipotence pour Sarkozy), mais les raisons même de leur impopularité sont très différentes. Obama a fait l’objet d’une profonde aversion de la part des Républicains, les électeurs mais surtout les politiciens voire les journalistes (Glenn Beck, Rush Limbaugh et Ann Coulter pour en citer quelques-uns parmi les plus virulents). Certes des Démocrates, notamment les plus à gauche, ont aussi été déçus, mais ils reviendront. Et comme nous l’avons déjà mentionné, sa cote de popularité personnelle et redevenue très honorable : les gens l’aiment et le respectent, même s’ils sont frustrés par sa présidence. Sarkozy a un problème très profond avec la majorité des français. Son inexplicable et inacceptable comportement des premières années, son choix de diviser plutôt que de rassembler, son gout pour le luxe et l’argent, sont autant de traits qui ont fait honte aux français, presque autant que Bush Jr a pu faire honte aux américains pendant huit ans. L’impopularité d’Obama est beaucoup plus liées à son action jugée « trop comme-ci » pour les uns, et « pas assez comme ca » pour les autres. Finalement, Obama privilégie le bon sens, la modération et l’humanisme. C’est un vrai centriste dans un pays profondément ancré dans le bipartisme. Cette position est politiquement très  inconfortable en dehors d’une situation d’union nationale, mais il va maintenant pouvoir mettre en scène quelque chose que Nicolas Sarkozy va avoir beaucoup de mal à faire : son bilan.

 

Avec des plus et des moins, il a quand même réussi à sauver l’industrie automobile américaine et les banques (pas toujours pour le meilleur, mais permettant d’éviter une bien plus profonde récession), passer une réforme historique (bien qu’imparfaite) du système de santé, terminer la guerre en Irak et frapper fort sur le terrorisme (al-Qaeda et les Talibans), redorer le blason de la réputation des Etats-Unis dans le monde, créer 2.6 millions d’emplois (bien qu’insuffisant) permettant ainsi d’arrêter l’hémorragie, mettre en place des avantages fiscaux pour la « classe moyenne » et j’en passe. On pourrait faire une liste aussi longue de critiques (la tension des relations avec l’Iran, avec Israël, la mauvaise communication avec la Chine, la guerre en Afghanistan, les chiffres du chômage, la faible croissance économique, l’insoutenable dette etc.…), mais il y a matière à discuter de succès réels qui semblent prometteurs, et pourraient justifier une chance de poursuivre son œuvre dans un contexte différent. Quid de Sarkozy ? Peu de progrès profonds pour beaucoup de promesses sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la sécurité, l’immigration, mais une gestion réussie de situations de crises internationales notamment celle de Géorgie pendant sa présidence de l’Europe en 2008, puis la Lybie en 2011 (après la mauvaise compréhension de la situation en Tunisie).

 

Le bilan net sera bien plus négatif pour Sarkozy que pour Obama, et l’anti-Sarkozysme est bien plus réel et généralisé en France par rapport à une virulence envers Obama qui est largement contenue aux Républicains. Les jeux sont loin d’être faits, mais la tourmente du Président français reste aussi alimentée par la crise européenne, quand le pire de celle de son homologue américain pourrait bien être derrière lui…

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1 Commentaire

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Par Josephine, le 6 février, 2012